Le développement de l’activité


Le développement de la colonie agricole va se poursuivre jusqu’en 1937. L’établissement accueillera de 1840 à 1937 près de dix mille jeunes dits délinquants : les réalités sont hétérogènes, avec un pourcentage très important (près d’un tiers) de jeunes présentant un handicap physique ou intellectuel, avec un jeune sur deux illettré à son arrivée, mais qui accéderont souvent à une instruction minimale ; (les rapports d’activités de l’époque montrent un pourcentage très faible de jeunes restés illettrés à la sortie. On trouve également des situations de délinquance qui se déclarent pour des très jeunes : 1,5 % a moins de 8 ans, 17,5 % entre 9 et 10 ans, 35 % de 10 à 12 ans

L’activité parallèle de la Maison paternelle, ouverte en 1855, fonctionnera jusqu’en 1910. Le suicide d’un jeune confié par son père en 1909 (ce qui sera communiqué par la presse comme « l’affaire Contard ») entrainera la fermeture de cette section spécifique, malgré le non-lieu judiciaire concernant la responsabilité de l’établissement.

Nouvelle chapelleDès1839, l’originalité du projet a consisté à créer, parallèlement à l’établissement, une école d’éducateurs, se consacrant pour ces personnes à la promotion d’éducateurs engagés, mais également cultivés. Cette école sera le prémice, mais pendant près d’un siècle, de ce qui sera plus tard, sous l’autorité du Ministère de la justice, l’École d’Éducateurs de Vaucresson, puis de l’actuelle École nationale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse à Roubaix.

L’établissement conservera pendant de nombreuses années son aspect initial : un grand parc avec de vastes pavillons accueillant des dortoirs et une vie collective rythmée mais chaleureuse, des champs pour le travail, des classes, l’absence de barrières et de murs. La liberté apparente est compensée par une organisation, non pas monastique, mais presque militaire : lever très matinal, clairon, rassemblement, défilé, etc.

Un travail moralisateur restera permanent : la valeur du travail est constante, comme la confrontation aux offices dominicaux et plus largement à la construction de normes de comportement. Ainsi, après la messe, avait lieu la lecture publique des notes obtenues par chacun pendant la semaine.

Une vision plus large est néanmoins présente dans tous les propos et les pratiques : le jeune est en situation de donner de lui-même pour se sauver, se transformer, avec cette vision éducative d’encouragement (un système de récompenses comme de punitions), d’accès au savoir, de révélations des potentiels de chacun.